5° dimanche de Pâques

Publié le par Yves GILLOT

5° dimanche de Pâques.

Frères et sœurs,

 

La consigne d’aimer le prochain n’est pas quelque chose d’original dans la Bible   et l’Evangile. On rencontre ce commandement, dans le Boudhisme, chez les philosophes de l’antiquité. Je me rappelle un jour au cours d’un repas, où il y avait un jeune Vietnamienne, une discussion  a eu lieu entre les invités sur le fait de savoir  ce qui caractérisait  le christianisme, qu’est ce qui le distinguait des autres religions.  Un tel a dit ceci, un autre cela.. Quand la parole a été donnée à la jeune vietnamienne, elle a dit à peu près ceci : « je suis une jeune asiatique. Nous avons, nous les vietnamiens, le sentiment que notre culture est inégalable, et que rien ne peut la surpasser. J’ai été élevé dans le Boudhisme, j’ai été une grande et fervente pratiquante du Boudhisme. Et je me suis convertie à la religion chrétienne. Ce que j’ai découvert de tout à fait particulier dans la foi chrétienne, c’est que Jésus nous demande non pas seulement de nous aimer, mais de nous aimer comme lui nous a aimés. Et lui a aimé même ses bourreaux, même ses ennemis. Nous avons eu une guerre qui a ravagé notre population, dévasté nos villes, détruit nos maisons. Ceux qui ont fait la guerre nous on laissé leurs tanks, leurs canons, leurs vieux camions, leurs autres engins de guerre, nous les avons recouverts de terre, et avons planté dessus des fleurs et des arbres. » Son témoignage a été suivi d’un grand silence.

Il y a deux choses particulières, deux caractéristiques qui fondent la nouveauté du commandement de Jésus : il en fait un commandement semblable à celui d’aimer Dieu, et deuxièmement, il concerne tout homme considéré comme un frère, sans limites ou frontières.

Mais la nouveauté la plus radicale du commandement du Seigneur est sans nul doute l’exigence d’aimer le prochain à la manière de Jésus, avec la même humilité, la même volonté de service et le même don de soi que lui. Jésus nous hisse à un sommet, à une hauteur qui nous arrache quelque peu à la condition humaine. La condition humaine, i.e.  l’habitude que nous avons de porter notre regard pas trop loin de notre ombre, l’habitude que nous avons de faire du bien à ceux qui nous en font, d’accueillir  les gens qui nous aiment et que nous aimons. C’est comme ça ! Quand Jésus nous dit : « comme je vous ai  aimés, aimez-vous les uns les autres », cela veut dire à la dimension et à la mesure de son amour. Nous sommes loin d’un vague sentimentalisme ou d’une théorie philanthropique. Il s’agit donc d’aimer l’étranger qui  n’a pas la même peau que moi, ne parle pas la même langue que moi, le SDF qui ne s’est pas lavé depuis une semaine, l’homme ou la femme qui se noie dans ses faiblesses et ses erreurs, les adolescents en rupture ou sur la pente de la délinquance.

On nous fait souvent des reproches « qu’on ne vit pas assez l’évangile ; vous allez à la messe, vous priez, mais vous êtes toujours loin des paroles que l’évangile vous commande.. » C’est vrai ! Tout au long de l’histoire de l’Eglise, il y a eu des saints et des pécheurs, des bons et des mauvais chrétiens. Jésus disait lui-même que le Royaume de Dieu était comme un filet qui ramasse toute sortes de poissons, des bons et des mauvais. Il appartient à Dieu seul de faire le tri.. Un jour quelqu’un disait : « Moi, je ne viens pas à la messe, m’asseoir à côté des hypocrites, je préfère rester chez moi ; d’ailleurs ce ne sont pas ceux qui vont à la messe qui sont les meilleurs ! »…  « Bien ! Tu es parmi les chrétiens d’en haut, tu ne veux pas te mélanger avec les chrétiens d’en bas, tu ne t’estimes pas pécheur, tu es déjà arrivé au sommet, à la sainteté ;  tu t’es déjà canonisé toi-même. Tu n’attends plus que la couronne des saints, la couronne de gloire  que Dieu te donneras ». Cela me rappelle la parabole du pharisien et du publicain : Le pharisien disait : « Mon Dieu, regarde-moi, je ne suis pas comme les autres hommes, voleurs, menteurs, adultères, je fais ceci, je fais cela ! Le publicain, lui, n’osait même pas lever les yeux vers le Seigneur, il disait : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » Et l’évangile conclut : « il retourna chez lui justifié », i.e. pardonné.

Si en Christ, tout homme est un frère à aimer, n’en oublions pas pour autant notre prochain le plus proche. Ce prochain-là est celui ou celle qui partage notre, celui ou celle que précisément nous avons le devoir d’accompagner, de faire vivre, de protéger et de rendre heureux : le conjoint, les enfants, les parents, les voisins de quartier ou s’immeuble. Il est vital aussi que les chrétiens s’aiment entre eux, surtout au sein de communautés chrétiennes qui les rassemblent pour la prière et le partage eucharistique. Nous devons nous soutenir, nous entr’aider, nous témoigner solidarité et réconfort. « C’est à ce signe qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples » dit Jésus. Nous présentons, il est vrai, d’autres signes extérieurs juridiques, sacramentels ou liturgiques de notre appartenance au Christ et à l’Eglise, mais vous comprenez bien que ces signes-là ne seront vrais et authentiques que dans l’amour fraternel.

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Publié dans lemoule

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