5° Dimanche de Carême

Publié le par Yves GILLOT

Frères chrétiens,

  Une parole, une phrase vous a sans doute échappé, (j’en suis sûr), dans la première lecture, tirée du Livre d’Isaïe : « Le Seigneur dit : « Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » .

  Ce monde nouveau, et bien Jésus l’a déjà inauguré. Nous pouvons le voir, dans la vie des hommes et des femmes, à commencer par les personnages de l’Evangile que nous connaissons.

  C’est le cas de Zachée par ex. : il s’était enrichi de façon pas très honnête. Il reconnaît son péché. Il se convertit et devient un homme nouveau.

  C’est le cas de Mathieu, le collecteur d’impôt. Lui aussi s’était trop rapproché des Romains qui, vous le savez, occupaient le territoire de la Palestine. Mathieu collaborait avec eux. Il leur prêtait ses mains pour ramasser l’argent de l’impôt au profit de l’Empereur. Il change de comportement. Il devient un disciple.

  C’est le cas, plus encore, de cette femme de l’évangile, dont le vice est contagieux, et qui légalement mérite d’être lapidée. Jésus lui accorde le pardon et la miséricorde. Il renvoie à leur conscience ceux qui l’accusent. Tout cela est nouveau. Nouveau oui ! par rapport à la Loi. C ’est quelque chose d’inédit, de révolutionnaire. C’est une entorse à la Loi , ou un dépassement, je ne sais. Mais c’est du nouveau. Nouveau par rapport à la façon dont les gens avaient l’habitude de juger. Nouveau par rapport à cette femme adultère qui reçoit de Dieu un nouvel avenir. L’Evangile nous montre véritablement que Jésus inaugure ce monde nouveau annoncé par le Prophète Isaïe. Car tous ceux qui se sentent pécheurs et qui viennent à lui, pour peu qu’ils soient humbles et sincères, ne retournent pas chez eux tels qu’ils sont venus. J’ai dit « pour qu’ils soient humbles et sincères », pourquoi ? Parce les pharisiens et les Scribes qui viennent à Jésus ne viennent eux, pas sincérité ou pour se convertir, mais bien pouvoir l’accuser ou lui tendre un piège.

  Dans ce procès qui est fait à cette femme, il y a quelque chose qui me frappe toujours chez lui, Jésus : c’est son regard. Et là encore c’est nouveau ! Jésus ne regarde pas comme les Pharisiens qui eux regardent les gens et les jugent de l’extérieur. Ils ne peuvent aller jusqu’au cœur. Par conséquent leur jugement est dur et sans pitié.

  Regardez comment les Pharisiens parlent de cette femme, comme un objet : « Ces femmes-là ! » De l’autre il y a la parole de Jésus : « Femme où sont tes accusateurs ? » Parole de dignité et de respect !

  D’un côté, il y a le regard de ceux qui se croient sans péché, et qui sont sans pitié ; et de l’autre il y a le regard de Jésus qui appelle cette femme au pardon. C’est finalement au fond du cœur que se joue l’avenir de l’homme. Pour une part cet avenir est entre nos mains. Jésus le sais aussi, mieux que quiconque.

  Dans un spectacle, déjà ancien,  intitulé « Un homme nommé Jésus » de Robert Hossein, un spectacle qui mettait en scène l’histoire de la femme adultère de l’évangile et qui avait eu un grand succès, il y a quelques années de cela en France Métropolitaine, à un moment donné, on voit la femme adultère (quand Jésus lui dit « va et désormais ne pèche plus »)  quitter la scène en serrant dans ses mains l’une des pierres destinées à sa lapidation.

  Peut-être que beaucoup de gens n’ont pas compris ce geste. L’auteur du spectacle a vu juste. Certes Jésus n’a pas encouragé cette femme à continuer sa mauvaise vie. Il lui a dit : « Va et ne pèche plus ». Et bien la pierre que la femme du spectacle a ramassée et tenue entre ses mains, c’est à la fois le signe de son pardon et en même temps le symbole de son avenir qui est désormais, entre ses mains. Signe du pardon d’abord parce qu’elle n’a pas été lapidée, symbole de son avenir parce que cette femme doit désormais reconstruire sa vie. La pierre est faite pour cela : non pour détruire, non pour tuer, mais pour bâtir, pour construire ou reconstruire.

  Frères et sœurs, nous allons nous rappeler ce jeu scénique, et surtout le symbolisme de cette pierre que cette actrice tenait entre ses mains, pour nous dire que Dieu nous remet à chacun et à chacune d’entre nous, en même temps que le pardon, la pleine responsabilité de notre vie. Avec la grâce du pardon de Dieu, il nous appartient de reconstruire, de rebâtir notre vie dans la poussière, la sueur et le sang ; dans la patience et la confiance qui accompagnent aussi toute grande et belle entreprise.

  Avec la miséricorde de Dieu, jamais défaillante, nous pouvons voir et entrer dans le monde nouveau que Dieu nous offre, nous pouvons reprendre le chemin d’une vie nouvelle comme Zachée, comme Mathieu, et bien d’autres encore. Nous ne sommes pas définitivement enclavés, ligotés, prisonniers du péché, mais sauvés. Tel est le message de cet évangile. Amen 

Publicité

Publié dans lemoule

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article