4° Dimanche de Carême
Frères et Sœurs, Un jour votre jeune garçon vous dit : « Je pars !. » Et de fait il a déjà mis ses affaires dans son sac de sport, chaussé ses baskets, il a pris sa guitare sous le bras et dehors sa copine l’attend dans sa voiture.. Où est-ce que tu vas ? lui dites-vous.. Il ne répond pas… Il a choisi de vivre sa vie, en dehors de la maison, avec ses copains, ses copines. Ah !. J’oubliais : il vous a demandé quelques sous avant de partir. Vous lui avez dit non, espérant qu’il allait réfléchir et revenir sur sa décision. Même pas ! Tout ça vous fait mal, parce que vous êtes père, vous êtes mère .Et vous pleurez parce que vous ne comprenez pas.. Cela vous est arrivé, je n’en sais rien ? A d’autres parents ? Peu importe ! Peut-être en relisant cette parabole ou la réentendant, n’avez-vous éprouvé aucune douleur, aucune souffrance, parce que vous avez déjà entendu ça. L’habitude d’un tel drame a déjà pris la place de l’émotion. L’habitude, je veux dire : le fait d’avoir entendu si souvent le récit de ce père qui voit son fils partir, ne nous fait plus bouger. Ce récit ne nous émeut plus. Et pourtant, il faudrait commencer par là, par ce sentiment humain pour entrer dans la vérité de cette parabole. Car il faudrait, me semble-t-il, relire cette parabole pas seulement avec les yeux, mais avec le cœur. Jésus, en effet, nous révèle le cœur de Dieu. Jésus nous révèle l’étonnant portrait du Père. Il nous révèle le visage de Dieu : un Dieu passionné d’amour pour se enfants. Les philosophes sont capables eux aussi de nous parler de Dieu, mais lequel d’entre eux serait en mesure d’aller si loin et si profond, i.e. de nous révéler Dieu comme Jésus l’a fait. Jésus nous parle de Dieu comme un Père, plein de tendresse, de miséricorde, pour les pauvres, les petits, les méprisés de ce monde. D’un côté nous voyons des largesses que d’aucuns trouveraient exagérées, mais qui expriment justement la générosité extrême de Dieu à l’égard des pécheurs que nous sommes. De l’autre un fils cadet qui n’a rien à se reprocher. Il n’a jamais désobéi aux ordres, mais il vit avec un cœur replié sur lui-même.. Il ne comprend pas l’accueil qui est fait à ce frère. Plus encore ! Aux gestes d’accueil, viennent s’ajouter d’autres d’une libéralité inouïe : beau vêtement, bague, sandales et repas de noces ! Pour le fils aîné, le Père renouvelle les démarches gratuites et émouvantes d’une tendresse communicative : il sort à sa rencontre, il lui rappelle ses prérogatives de fils, il le supplie d’entrer et l’invite à partager sa joie et celle de son frère. . Mais rien n’y fait. Il est clair que les deux fils l’un parti mais revenu, l’autre resté à la maison mais refusant d’entrer, représentent schématiquement les deux visages de notre personne. Nous sommes l’un et l’autre. Nous sommes le fils cadet avec nos infidélités, le peu de cas que nous faisons de notre baptême. Nous sommes en même temps ce fils aîné qui est l’image même de notre suffisance orgueilleuse, d’être meilleurs que les autres. Il nous rappelle nos jalousies, nos jugements sans appel, nos réflexes de propriétaire et nos rancunes. Cette parabole nous dit ce qu’est le péché : c’est le départ de la maison, c’est une sorte de fugue de la maison de Dieu, c’est une rupture. Ce n’est pas la désobéissance à une règle, à des lois. Trop souvent nous énumérons nos péchés comme une suite de désobéissances à des commandements. C’est vrai, c’est cela aussi, mais davantage une rupture d’alliance. L’amour est brisé, sali. La seule chose que Dieu attend de nous, c’est que nous revenions vers lui, en regrettant notre péché : « Oui je me lèverai et j’irai vers mon Père et je lui dirai : Père j’ai péché contre le ciel, je ne suis pas digne d’être appelé ton fils.. » Le jeune fils apprend sa leçon par cœur en rebroussant chemin. Et le Père de la parabole dans la joie de le revoir n’attend même pas qu’il récite sa leçon, il ordonne qu’on apporte le plus beau vêtement.. Que de fois Dieu Père m’a ouvert ses bras au pécheur que je suis et m’a couvert de baisers ! Que de fois aussi j’ai eu du mal à accueillir les autres et à me mélanger à eux. On ne peut pas être un bon fils de Dieu si on n’est pas un bon frère pour les autres. Il faudrait relire cette parabole avec le cœur. Amen