3° Dimanche de Carême
Frères et Sœurs, A l’occasion du salon de l’agriculture qui a eu lieu récemment à Paris, quelqu’un disait : « on devrait installer une ferme dans la ville de Paris pour que les enfants de la ville puissent la visiter périodiquement et apprendre ainsi que les produits qu’ils mangent ne poussent pas tout emballés, comme ils les voient dans les supermarchés; ou que le chocolat au lait de vient pas directement de la vache qui aurait mangé du cacao ». Ce n’est pas complètement insensé. Vous allez voir pourquoi ? J’ajoute encore un autre fait : (cela ne serait plus possible aujourd’hui avec la télévision). Un jour un prêtre au catéchisme, à l’occasion de la parabole du bon berger, pose la question suivante : « Alors les enfants, qui a déjà vu un mouton et des brebis ? Moi Père ! Où ça ? A la boucherie ! Ces enfants de la ville qui n’étaient pas proches de la nature, et qui n’allaient pas à l’époque à la campagne n’avaient vu que des brebis mortes, des moutons égorgés qui pendaient aux étalages de boucherie. Allez faire comprendre avec ça, ce qu’est un troupeau de brebis et que Jésus est le bon berger. Quand on est loin de la nature, on ne voit pas le rythme de la nature, on ne voit la beauté et le travail de la nature. Voilà pourquoi cet homme disait qu’il fallait habituer les enfants de la ville à aller dans les fermes, dans les champs pour comprendre les rythmes de la nature, i.e. la périodes feuilles, le temps des fleurs et des fruits, les saisons etc. Partout, dans tous les domaines, le progrès s’est accéléré : le tracteur a remplacé la vieille houe de nos grands parents. On va toujours plus vite, toujours plus loin. Ainsi on parle maintenant de plus en plus de blé transgénique, de maïs transgénique, de soja transgénique. Cependant il faut toujours encore semer, planter, et attendre que ça pousse et que ça donne des fruits. On ne peut pas aller plus vite que la nature. La nature est maîtresse de patience. Il y a un temps pour labourer et un temps pour semer. Il y a un temps pour planter et un temps pour récolter. Il y a le temps des fleurs et le temps des fruits. Entre les deux, il y a le temps de la patience. Jésus nous rappelle précisément que ce temps favorable, ce temps de la patience, nous est donné pour porter du fruit, et que le Père attend comme un bon jardinier ces fruits avec une infinie patience. « Dieu est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour » chantons-nous dans le Psaume. Depuis le premier couple humain, on peut relire l’histoire de l’humanité comme une longue période de découvertes, de progrès, mais également comme une longue suite de péchés, de refus de Dieu. Il y eut des avancées, de grandes solidarités, et puis aussi des guerres fratricides et meurtrières. En relisant cette histoire, nous avons l’impression que nous vivons dans un immense désordre, où d’un côté il y a des gens qui n’ont rien pour vivre et de l’autre des gens qui ont tout pour vivre mais qui ne sont jamais contents. Si nous mêmes à notre niveau de créatures, nous nous sentons révoltés devant cela, que dire alors de Dieu ? Et bien Dieu ne se décourage pas. L’agriculteur remue la terre dans son jardin et ajoute de l’engrais dans l’espoir de voir l’arbre donner de beaux fruits. Dieu est cela : comme un bon jardinier qui aime ses arbres, Dieu prend patience. Le temps de la patience c’est aussi le temps de l’espoir. Regardez un peu ce qui se passe en Guadeloupe lorsque la sécheresse arrive et inquiète les planteurs. Tout le monde regarde vers le ciel. On espère la pluie. On prie. C’est une espérance forte, préoccupante, envahissante. Le temps de l’espoir pour Dieu, c’est de nous voir devenir meilleurs, de nous voir changer de vie. Dieu croit en nous. Il espère que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Pourquoi ? Il sait mieux que nous ce dont nous sommes capables. L’évangile nous rapporte deux faits tragiques qui ont endeuillé Jérusalem : une révolte de Galiléens excités dans le Temple s’est terminée dans un bain de sang, car Pilate a fait tirer dans le tas ; une tour s’est écroulée sur les pentes de Siloé écrasant dix-huit personnes. « Dieu les a punis » murmure la foule. « Ils n’étaient pas plus pécheurs que vous » répond Jésus. « Convertissez-vous » dit Jésus, voilà ce qui est important au lieu de mettre carrément Dieu en accusation. Profitez de la patience de Dieu. Ce jardinier de la parabole qui temporise et s’active pour sauver un figuier improductif nous dévoile le visage du Dieu vivant, vous l’avez compris, pour qui la patience est l’autre nom de son amour. Il ne se décourage jamais de nos errances et de nos passés infructueux. Conclusion : Chacun de nous doit être d’abord patient envers soi-même. Il faut plus de temps pour atteindre la sainteté que pour faire pousser un arbre. Et puis cette patience envers soi-même est nécessaire pour comprendre les autres, leur lenteur et leur difficulté. Si Dieu ne désespère pas de nous, comment pouvons-nous désespérer des autres ? Dans