Pentecôte.2006

Publié le par Yves GILLOT

Dimanche de Pentecôte.2006.

Frères et sœurs,

Pentecôte, c’était à l’origine, chez les Juifs, la fête des moissons, mais depuis longtemps déjà on célébrait l’alliance entre Dieu et son peuple. Il y avait foule dans la ville, « des gens  de toutes les nations qui sont sous le soleil ». Cette foule ainsi décrite par St. Luc dans les Actes des Apôtres fait penser à une ville où vont et viennent, où se croisent, où grouillent des gens qui ne communiquent pas entre eux. La Bible appelle ce genre de ville : « Babel ou encore Babylone ». Or voici qu’un événement, forcément inattendu,  va mettre fin à ce désordre de Babel : les Apôtres de Jésus, saisis soudainement par l’Esprit Saint, se mirent à communiquer, à parler à cette foule cosmopolite, et tous comprennent. « Tous, nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

L’Eglise naissante, c’était déjà ce petit groupe des apôtres rassemblés dans la chambre haute pour prier avec Marie la Mère de Jésus. Mais c’était un groupe d’hommes paralysés, paralysés de peur, pleins d’incertitudes et d’interrogations. Ces Apôtres, certes, se savaient investis d’une mission. Ils avaient effectivement été envoyés : « allez dans le monde entier, proclamer la Bonne nouvelle » leur avait dit Jésus.   Mais voilà ! Il n’avait pas bougé : par quel bout commencer ? Et puis, ils avaient reçu la consigne de ne pas quitter Jérusalem avant d’être revêtu de la force d’En haut, comme Jésus le leur avait dit, mais quelle force d’En haut ? Voilà encore une autre question ?  En quoi consiste-t-elle ?

Revenons un tout petit peu arrière pour comprendre ce qui s’était passé dans le groupe apostolique. Il n’est pas loin en effet le temps de la peur et du reniement de Pierre qui disait : « Je ne connais pas cet homme », il n’est pas loin non plus le temps de la dispersion des autres disciples, qui avaient pris la fuite au moment de la passion. Et un jour tout avait basculé. Et basculé comment ? Celui qu’il croyait mort, est ressuscité trois jours après,  et   le jour de la Pentecôte , il envoie sur eux cette force d’En Haut, l’Esprit Saint promis. Et tout a changé.

Les disciples furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues.
" Tous ces gens qui parlent ne sont-il pas galiléens ?
Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
Qu'est ce que cela veut dire ? "

Que souffle l’Esprit de Pentecôte et  ces craintifs d’hier, ces hommes peureux deviennent des intrépides témoins de la vie et de la résurrection de Jésus. Que souffle l’Esprit de Pentecôte, et ces muets d’hier deviennent des prédicateurs que rien, ni personne, ne peut faire taire, ni la foule, ni les menaces, ni même la mort.

Que souffle l’Esprit de Pentecôte et l’évangile se dit et s’entend dans toutes langues. Que vienne l’Esprit de Pentecôte, et toi aussi tu comprendras. Que vienne l’Esprit de Pentecôte et toi aussi tu auras l’audace de vivre ta Foi sans peur et sans honte. Tu sauras dire l’Evangile avec tes mots d’aujourd’hui.

Jadis, l’univers nous paraissait un monde vaste et lointain. Grâce aux progrès techniques (la télévision, la radio, le téléphone, le fax, l’avion etc..) ce monde-là nous paraît maintenant si petit et si proche. Un  simple geste (tourner le bouton du téléviseur) et soudain dans une petite fenêtre apparaît n’importe quelle partie du monde. Nous comprenons alors que nous appartenons au même univers. Mais si l’humanité a fait ce pas en avant, il reste que nous sommes toujours divisés, cloisonnés, disons en recherche d’une véritable communion. C’est un lieu commun de dire que les hommes n’arrivent pas à s’entendre et à se comprendre vraiment. Ce n’est pas simplement le fait qu’ils ne parlent pas tous la même langue, mais parce qu’ils n’arrivent pas à jeter des ponts entre eux, et à construire des chemins de rencontre..

Comme pour la Tour de Babel  (que des hommes voulaient construire pour atteindre le ciel), c’est l’orgueil, le péché d’orgueil qui est à l’origine de leurs projets démesurés et de leurs souffrances. Et de fait, nous aimons manifester notre puissance, notre grandeur par des œuvres gigantesques, alors que nous omettons d’accomplir ce qui est  plus simple et  plus urgent. Le jour où l’homme a mis les pieds sur la lune, quelqu’un disait : « C’est bien ! Ô homme ! Tu as montré ton génie et ta puissance en t’élevant plus  haut que ta terre, mais tu n’as pas été capable de détruire encore les quelques  moustiques qui transmettent le paludisme à des populations nombreuses. » Quant à nous qui sommes à une époque où l’énorme consommation du pétrole, où la pollution de l’air etc. met déjà l’avenir dans une situation critique, nous devons nous interroger nous-même, à notre niveau de simple chrétien, nous demander est-ce que nous prenons au sérieux l’appel à respecter la nature, l’eau, et l’environnement. (Les petites communautés de nos paroisses avaient à réfléchir sur ce thème à la lumière de l’Evangile.)

La Pentecôte nous fait comprendre quelque chose d’autre encore. L’Esprit de Pentecôte a fait surgir l’antiBabel, l’Eglise lieu où nous faisons l’expérience de la communion et de la communication entre les personnes, car l’Esprit assume toutes les diversités et toutes les différences. L’Eglise, nous en parlons comme d’un chantier : le chantier du Royaume à bâtir. Un chantier cela veut dire que tout n’est pas parfait, que rien n’est achevé, mais que tout est à l’état de commencement et de signe. Dans le travail qui est à faire, qu’on appelle la Mission , l’Esprit Saint est le guide. « Il vous guidera vers la vérité toute entière. ». Pâques, Ascension, Pentecôte sont des fêtes qui nous font vivre les différents aspects du mystère pascal : nous sommes rétablis dans l’amitié de Dieu par le don de l’Esprit pour ne former qu’un seul Corps. Depuis deux mille ans, de génération en génération, l’Esprit de Pentecôte continue de saisir des hommes et des femme (nous en sommes) pour leur confier la même mission : être les témoins authentiques de la vérité de Jésus-Christ ressuscité. Là est la joie et le secret du mystère de l’Eglise.

 

 La Pentecôte, tableau de François-Edouard Picot : Église du Mesnil-Le-Roi (78)

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Publié dans lemoule

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