3° Dimanche Ordinaire. B

Frères et sœurs, En période des cyclones, vous le savez, on nous envoie des messages météo pour nous mettre en garde. Et au fur et à mesure que le danger approche, les messages sont tels qu’ils ne laissent plus personne indifférents. Pourquoi ? parce qu’il s’agit pour chacun d’une question de vie ou de mort. Nous trouvons aussi de tels messages dans la parole de Dieu, comme par ex. dans les textes d’aujourd’hui, où nous voyons dans la bouche de Jonas et de Jésus une parole qui nous invite à l’urgence : « convertissez-vous. » La conversion qu’est-ce que c’est ? ce n’est pas seulement une affaire qui consisterait à dire : « J’étais dans le péché, je n’y suis plus », point à la ligne. C’est cela aussi, c’est vrai. Mais la conversion ne se réduit pas à cela uniquement. C’est d’abord répondre à un appel. Or tout appel de Dieu suppose chez celui qui l’entend et qui y répond une remise en question. Cela peut conduire jusqu’à un déracinement, un arrachement. Tel fut le cas pour Abraham qui entend l’appel, quitte son pays, abandonne son environnement, (qu’il aime certainement beaucoup), ses habitudes pour aller où ? vers un pays qu’il ne connaît même pas. Ce fut le cas également pour les disciples dont l’évangile dit: « Alors laissant dans la barque leur père avec ses ouvriers ils le suivirent.. » Se mettre à la suite du Christ, devenir disciples, c’est non seulement quitter un environnement, une famille, des amis, c’est encore adopter une autre échelle de valeurs. Or, il n’est pas évident pour tout le monde que l’échelle des valeurs de l’évangile soit une chose qui s’impose d’emblée à notre intelligence. Cela demande le courage de la foi. Ainsi quand Jésus dit : « Heureux les pauvres de cœur, heureux les miséricordieux, heureux les pacifiques, heureux les doux », ce n’est pas une parole qui s’impose à tous comme une évidence. Car les pauvres, les miséricordieux, les doux se font généralement écraser, marginaliser. On a l’impression au contraire que le monde est à ceux qui font violence et qui se débrouillent. Il faut donc croire à cette échelle des valeurs de l’Evangile. Il faut la vouloir. Cette façon de vouloir la vie autrement, et par le fait même de l’accepter, c’est une véritable révolution qui s’instaure dans nos rapports avec les autres. Car le monde tel qu’il est sous nos yeux ne fonctionne pas, de toute évidence, dans le sens de Dieu. Or c’est dans ce monde-là que nous vivons. Nous sommes en effet dans une société de haute consommation, une société qui fonctionne avec ses valeurs à elle, lesquelles ne sont pas toutes évangéliques, loin s’en faut ! Par rapport à cette société-là n’avons-nous pas le sentiment qu’il nous faut reconquérir notre liberté, i.e. prendre nos distances vis-à-vis de tout ce qui nous détourne de Dieu ou qui risque de nous ensevelir ?. Un des mensonges de notre monde par ex. c’est qu’il s’organise comme s’il était définitif et qu’il veut tourner sans d’autre référence que lui-même. Je relevais, il y a quelque temps de cela dans le discours d’un homme cette profession de foi pour le moins inattendue : « Moi, disait-il, je crois à la science et au progrès. » Quand non voit ce que la science et le progrès ont donné, on ne peut qu’être prudent, devant une telle affirmation. D’un côté la science et le progrès nous ont donné d’excellentes choses, de l’autre l’usage et les acquis de ce même progrès et de cette même science nous ont apporté bien des souffrances et bien des malheurs. Le progrès scientifique nous a donné les voitures, les frigidaires, les avions, mais il nous a donné aussi la pollution atmosphérique, le nucléaire, et les armes de destruction que nous connaissons. Le progrès scientifique nous a donné la télévision, l’ordinateur, le téléphone portable ; il a accompli des véritables miracles sur le plan de la santé, mais il a in venté aussi le clonage, les bébés éprouvettes, les mères porteuses sans compter ce qu’on laisse entrevoir comme de nouvelles possibilités à venir. C’est donc dans ce cadre de vie qui est le nôtre au 21° siècle qu’il faut entendre le mot « conversion ».