Ascension.B

Publié le par Yves GILLOT

Ascension du Seigneur .B.

Frères et sœurs,

Quel parent, quel éducateur n’a jamais dit à son enfant, un jour, pour le stimuler au travail : « mon fils pense à ton avenir ! » Les parents, les éducateurs sont évidemment les mieux placés pour dire cela parce qu’ils aiment leur enfant, parce qu’ils savent par expérience que l’avenir, ça se prépare !

Pourquoi la Mère Eglise ne serait-elle pas, elle  aussi, bien placée pour nous interpeller sur notre avenir ? Car les textes de l’Ecriture que nous avons lus durant ce temps pascal, et particulièrement en ce jour de l’Ascension, font rebondir cette éternelle question : « A quoi sommes-nous destinés ? »

Concernant ce destin de l’humanité, i.e. l’aboutissement de notre vie, tout le monde n’est pas d’accord sur sons sens et sur son contenu. Il y a en effet des grands courants de pensée qui traversent le monde, des grands courants de pensée qui proposent une vision de l’avenir autre que celle du Christianisme. Il ne faut donc pas les ignorer car ces grands courants de pensée modèlent les mentalités  et mobilisent beaucoup de gens.

Pour certains ( je peux vous étonner, mais c’est bien ainsi) le bonheur, l’avenir,j’allais même dire, le paradis, c’est tout simplement l’espoir de manger un bol de riz. Manger à sa faim pour des gens qui n’ont rien, au long des jours et des semaines, c’est un rêve ! Un rêve ! L’avenir pour eux, c’est tout simplement ce qui peut exister de meilleur : pouvoir se nourrir, se soigner, vivre tout naturellement. C’est un rêve et pas un rêve creux et vide.

Pour d’autres personnes, l’avenir c’est d’être libre, libérés de toutes les guerres, de toutes les oppressions aussi bien politiques qu’économiques. Vivre libre dans la tranquillité et dans la paix, c’est pour des gens, quelque part dans le monde, une préoccupation, un souci, un vœu auquel ils subordonnent tout le reste. Des gens qui par ex. vivent chaque nuit dans la peur d’être enlevés, violés ou tués, quel avenir pour eux sinon l’espoir de dormir en paix ?

Il y a enfin ce courant de pensée qu’on peut qualifier d’anti-humaniste. Pour ce courant-là, l’humanité n’a pas d’avenir. Les gens, disent-ils, sont incapables de faire le bien, ils sont voués au désordre et à la violence. Après la mort, c’est fini.  C’est un courant pessimiste.

Concernant notre destin, vous le voyez bien, on est resté à des balbutiements, et à des approximations. Finalement il n’y a que Dieu qui parle bien de l’homme. Or la foi chrétienne nous guérit d’une incroyable myopie qui consiste à confondre le bonheur de l’homme avec la possession de quelque richesse. Elle nous guérit de l’aveuglement qui donne l’illusion que la science et le progrès ont les moyens de nous donner tout ce dont nous avons besoin au point de nous passer de Dieu Et voilà qu’avec les quelques gadgets qui nous amusent nous avons l’impression d’avoir  progressé, mais à l’envers, i.e. dans l’art de nous tuer et de nous détruire.

Mais nous ne sommes pas sans point de repères dans notre marche humaine. La fête de l’ascension que nous célébrons est pour nous croyants une sorte de balisage de la route. Il faut dans la vie des points de repère. Il faut des routes balisées. L’ascension est un aspect du mystère pascal. Une autre manière de dire le triomphe du Christ. Une autre manière de dire la réussite da la Rédemption. Une autre manière de dire, que par son mystère pascal, le Christ nous entraîne avec lui dans sa victoire jusqu’au ciel. Quand en effet l’Apôtre Paul nous dit : « Jésus est le premier ressuscité », c’est sous entendu le premier d’une longue série de ressuscités.

On a écrit un livre intitulé : « Jésus est devant », i.e. devant comme le pôle de l’histoire humaine, comme l’exemplaire parfait, le prototype de l’humanité réussie. L’Evangile le dit d’ailleurs en d’autres termes : « Il est ressuscité. Il vous précède » Il ne nous précède pas seulement en terre de Galilée comme dit l’évangéliste. Il nous précède dans le monde achevé. Toute une imagerie religieuse nous incline à voir Jésus ressuscité « au-dessus » de nous. Et si au contraire, il fallait le chercher non pas « au-dessus »,  plutôt « avant nous », ou « devant nous ». L’avenir pour nous chrétiens, c’est finalement Dieu lui-même. Ce n’est pas une chose. Ce n’est pas une conquête, mais un don, une grâce. Et puis ce n’est pas un rêve creux et vide, car cela nous mobilise déjà. L’Esprit Saint a déposé en nous une espérance telle que (pour reprendre une belle parole de st. Augustin) « notre cœur est inquiet tant qu’il ne se repose pas en Dieu ». Mais la recherche de Dieu ne s’accompagne pas d’un refus de nos tâches temporelles. Ce serait un non-sens, une caricature de la foi, comme si,  pour être bien avec Dieu, il fallait fermer les yeux aux choses de la terre. C’est pourquoi il faut oser affirmer que la recherche de Dieu, la foi, n’est pas une évasion, une fuite, comme certains l’ont prétendu jusqu’à dire que c’est « l’opium du peuple ».

Et je termine en posant cette question à nous les croyants ? Est-ce que la foi évangélique que nous professons, que nous chantons, en cette fête de l’ascension, apparaît au « gens à l’extérieur de l’Eglise » comme la proclamation d’un avenir surprenant, étonnant et fulgurant ? Est-ce que par notre vie, notre manière de vivre, dans la famille, dans la société, en Eglise, est-ce que cela donne aux autres (qui n’ont pas la foi) la tentation de croire en ce merveilleux destin de l’homme avec le Christ, et enfin de compte leur donne envie d’entrer eux aussi dans la barque de l’Eglise. ?

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Publié dans lemoule

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