5° Dimanche de carême. B
5° Dimanche de carême. B Frères et sœurs « Nous voudrions voir Jésus ». Telle est la demande formulée auprès de Philippe, par des Grecs, i.e. des non Juifs. En soi l’événement n’a rien d’extraordinaire, mais l’évangéliste l’a retenu pour sa portée symbolique. Et vous allez comprendre pourquoi ? Des grecs, i.e. des non juifs veulent « voir » Jésus. Or « voir » dans l’évangile de Jean est souvent l’équivalent de « croire ». Pour voir Jésus donc, ces païens passent par l’intermédiaire de deux disciples : Philippe et André. Derrière cette demande, il s’agit en fait du problème de l’entrée du monde païen dans l’Eglise, et la responsabilité qui incombe aux disciples d’amener ceux qui cherchent jusqu’à Jésus. « Nous voudrions voir Jésus », ce pourrait être la demande de n’importe quelle personne aujourd’hui. Le « voir » seulement répondrais-je ? Et aller ensuite raconter : « Je l’ai vu de mes yeux ? » Non ! Je le disais il y a un instant, pour Jean l’évangéliste, « voir » et « croire » c’est la même chose. « Voir la face de Dieu, c’est croire en Lui ». « Voir le Royaume, c’est déjà y entrer ». Rappelez-vous l’entretien de Jésus avec Nicodème : « Nul ne peut voir (=entrer) le Royaume de Dieu, à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit. » Jésus se manifeste, se laisse voir, oui, mais par celui qui vient à Lui, par celui qui cherche dans Si tu veux voir Jésus, i.e. comprendre, entrer dans son mystère d’amour, tu ne peux pas faire un détour pour éviter le calvaire. C’est vrai que la croix nous fait peur, que la mort nous fait peur, mais c’est en Jésus crucifié que l’on peut « voir » et « comprendre ». Et comprendre quoi ? Comprendre, comme le dira Jésus lui-même, comprendre qu’il faut « que vienne l’heure où le grain de blé tombé en terre meurt pour produire du fruit en abondance. » C’est en effet de cette heure dont parle l’évangéliste st. Jean. L’heure de Jésus est celle où sa vie, comme un bourgeon, va éclater pour le salut du monde. Et Jésus va donner sa vie, non seulement au bénéfice des héritiers de la promesse (les juifs, le peuple élu), mais aussi pour ces grecs (i.e. tous les non juifs, les païens par conséquent). Plus tard, les disciples constateront les fruits de ce « grain tombé en terre », puisque des communautés de chrétiens surgiront un peu partout dans l’Empire romain d’alors. Ils constateront que la foi n’est plus réservée à une élite ou un groupe privilégié. Tout homme qui cherche à voir peut donc avoir accès à Jésus. Encore faut-il qu’il y ait des disciples susceptibles de servir d’intermédiaire pour conduire à Jésus, à l’exemple de Philippe et André. « Nous voudrions voir Jésus », cette question directement ou indirectement, implicitement ou explicitement, est encore posée à l’Eglise par de nombreuses personnes aujourd’hui encore. Tous les désirs exprimés d’une plus grande fraternité, d’une plus grande paix, d’une plus grande justice, ne sont-ils pas pour nous chrétiens comme l’écho de cette question ? Confronté aujourd’hui à des problèmes éthiques, liés aux découvertes scientifiques, on interroge l’Eglise sur l’euthanasie, la contraception, l’avortement. Alors comment toutes ces personnes, en quête d’une réponse, pourraient-elles rencontrer le Christ sinon à travers les chrétiens. Or, comme disait le pape Paul VI, il ne manque pas de maître à enseigner, mais de témoins. C’est donc par les disciples que les païens ont accédé à la connaissance du Christ. C’est de la même manière par les chrétiens de tous les temps, et de tous pays (et de Parfois on accuse le pape d’être trop exigeant sur la morale, on aurait voulu qu’il soit plus « cool » en matière sexuelle, bioéthique, contraceptive, en fermant les yeux sur la liberté des mœurs etc. Mais alors il donnerait au monde un Jésus-Christ en papier, une morale décaféinée, et non le Jésus de l’Evangile. Frères et sœurs,