6° Dimanche ordinaire B
Le récit de la guérison du lépreux pourrait n’être qu’une guérison de plus dans l’Evangile, si nous ne savions pas y voir autre chose que le fait miraculeux. Et autre chose c’est quoi ? c’est la signification même que l’évangéliste donne au geste de Jésus. D’abord qu’est-ce qu’un lépreux à l’époque de Jésus en Palestine ? C’est un malade qui devait se tenir à l’écart de la société, quelqu’un qui était exclu de la communauté, par ce qu’il était impur religieusement. Et par conséquent tout contact avec lui constituait une impureté légale. A la limite on peut comprendre qu’une telle précaution s’imposait à cette époque où il n’y avait ni vaccin, ni antibiotique. C’est donc sur cet arrière-fond historique, culturel et religieux, que le récit évangélique prend tout son sens. Il y a d’abord l’audace du lépreux : c’est l’audace de la foi. Il se jette au pied de Jésus et lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Notez bien qu’il demande d’être purifié. Aussi étonnant que cela puisse paraître, sa demande n’est pas une demande de guérison, mais une demande de purification (i.e. de reconnaissance sociale, une demande de réintégration dans la communauté des hommes). Bien sûr que cet homme appelle la guérison, mais l’évangéliste insiste davantage sur ce sentiment profond qui habite ce malade : son désir d’être reconnu socialement comme une personne humaine. Il y a ensuite l’audace de Jésus. L’audace de Jésus c’est sa grande liberté vis-à-vis de Bien sûr, les choses ont changé depuis cette époque. Cependant nous voyons encore dans notre société d’aujourd’hui d’autres formes d’exclusion ou de rejet ; on en parle suffisamment. Hier, il y avait la lèpre, aujourd’hui c’est le sida. Et si nous regardons bien encore, nous voyons que ces mêmes risques d’exclusion menacent de nombreux marginaux ; pas seulement ceux qui le deviennent à cause du chômage, mais encore les étrangers, les immigrés, parfois certains infirmes ou handicapés. Combien de handicapés sont cachés, mis à l’écart dans l’ombre, parce que des parents ont honte de les montrer ?. Il est vrai que, grâce à de nombreuses dispositions législatives, grâce aussi au combat de nombreuses associations, cela arrive moins de nos jours. Le fait d’être un étranger, un immigré, d’appartenir à une autre race, le fait d’être handicapé, ça vous colle à la peau comme une lèpre. Il y a enfin un autre phénomène d’exclusion dans nos sociétés modernes : c’est celui de l’avortement. L’enfant qui vit dans le ventre de sa mère, s’il est devenu gênant, on le tue tout simplement. On l’écarte de la vie sociale. Est-ce que ce n’est pas cela même la définition de l’exclusion ? Quel monde, quelle société, l’Evangile nous invite à construire donc ? Une société, un monde où on ne retient que ceux qui comptent économiquement ? Ou alors une société d’où personne n’est exclue ? Oui, une société où les pauvres, les malades, les vieillards, les handicapés, les « laissés-pour-compte », trouvent une espérance au sein d’une communauté qui les accueille. L’Evangile en effet nous étonne et souvent nous provoque parce que dans la façon dont Jésus agit, personne n’est exclue, personne n’est marginalisée, ni à cause de son péché, ni à cause da sa maladie. Ce n’est pas simple pour nous. Ce monde-là est à construire. Un drogué est un malade. Un alcoolique est un malade. Une personne frappée d’une maladie mentale est parfois dangereux. Le mettre à l’écart pour le soigner, pour l’empêcher de se nuire à lui-même, et de nuire aux autres, ce n’est pas une exclusion, mais une protection. Ce n’est pas la même chose. Mais la question que je pose maintenant est la suivante : est-ce que la foi et l’amour nous donnent aujourd’hui, malgré les nombreuses difficultés que nous rencontrons, l’audace de poser des actes, des gestes qui provoquent, qui réveillent, qui bousculent parce qu’ils vont à l’encontre des idées reçues, et des habitudes communes. « Paralysés par les nombreuses peurs qui tuent en nous l’audace des témoins » chantons-nous dans un cantique. Oui il y a beaucoup de peurs qui nous empêchent souvent de vivre et d’oser le geste de fraternité. Je ne parle pas de la peur d’être agressée (ce qui est une réalité) mais la peur d’être montré du doigt, parce qu’on cherche à se réconcilier par ex. ; la peur de pardonner par crainte d’être accusé de faiblesse ou de manque de caractère. L’autre chose enfin que je veux souligner c’est l’importance de la communauté. Les gens ne meurent pas seulement de faim, mais de meurent aussi de ne pouvoir être reconnu comme une personne humaine, de n’être pas aimé dans une famille. Quelle chance pour ce lépreux de l’évangile que de pouvoir vivre comme avant. C’est sûrement pour cela qu’il ne tient plus en place. Il court répandre la nouvelle qui bouleverse la tranquillité des gens, allant jusqu’à provoquer un véritable embouteillage. « Il n’était même plus possible à Jésus, dit l’évangile, d’entrer dans la ville ». C’est dire. ! Ce que je vous invite, Frères et sœurs, à retenir de cet évangile ce n’est pas le miracle, mais le geste de Jésus de tendre la main. « Tendre la main », comme Jésus, c’est sans doute savoir écouter, accompagner, prendre le temps de dialoguer, de redonner confiance, savoir partager, donner de son temps, de ses biens, avoir l’audace de la fraternité dans notre monde si difficile.
Frères et sœurs,