conférence

Publié le par Yves GILLOT

Cette conférence de carême  est  le 2° commentaire, que j’ai fait, de l’encyclique « Dieu est Amour » du Pape Benoît XVI. Je disais, au début du  premier entretien que j’ai eu avec les chrétiens, de Le Moule  et Fatima, qu’une encyclique  est une lettre circulaire que le Pape envoie à tous les chrétiens catholiques du monde entier sur un sujet important. Les termes de l’encyclique ne sont  pas une littérature à prendre à la légère. La doctrine qui s’y trouve est dite « proxima fidei » comme disent les théologiens, c'est-à-dire proche de la Foi. Une deuxième chose : une encyclique est toujours un peu difficile parce qu’elle s’adresse aussi bien aux Théologiens qu’aux enfants du catéchisme. Il appartient donc aux pasteurs d’en faire une explication en des termes plus simples. A vrai dire, ce que j’ai voulu faire ce n’est pas proprement un commentaire, mais une relecture résumée et commune de ce que dit le Magistère de l’Eglise.

I. La charité de l’Eglise comme manifestation de l’amour trinitaire.

19. St. Augustin disait : « Tu vois la Trinité quand tu vois la charité ». C’est ainsi que  commence la 2° partie de l’encyclique.  Pourquoi st. Augustin dit-il cela ? Parce que les trois personnes de la sainte Trinité sont manifestées à travers la charité.

On y reconnaît en effet le visage du Père mû par l’amour qui« envoie son Fils unique dans le monde pour racheter l’homme ». On y reconnaît l’amour du Fils unique qui donne sa vie en mourant sur la croix. « Et en mourant sur la croix, Jésus « remit » l’Esprit, prélude du don de l’Esprit saint qu’il ferait après sa résurrection(Jn20,22). Se réaliserait ainsi la promesse des « fleuves d’eau vive » qui,  grâce  à l’effusion de l’Esprit, jailliraient du cœur des croyants.  (Jn 7, 38-39).  « L’Esprit est la puissance intérieure qui met le cœur des croyants au diapason du cœur du Christ, et qui les pousse à aimer leurs frères, comme Lui les a aimés, quand il s’est penché pour laver les pieds de ses disciples et surtout quand il a donné sa vie pour tous. L’Esprit est aussi la force qui transforme le cœur de la communauté ecclésiale, afin qu’elle soit, dans le monde témoin de l’amour du Père, qui veut faire de l’humanité, dans son Fils, une unique famille: « Toute l’activité de l’Eglise est l’expression d’un amour qui cherche le bien intégral de l’homme : elle cherche son évangélisation par la Parole et les Sacrements, entreprise bien souvent héroïque dans ses réalisations historiques ; et elle cherche sa promotion dans les différents domaines de la vie et de l’activité humaines. L’amour est donc le service que l’Eglise réalise pour aller constamment au-devant des souffrances et des besoins, même matériels , des hommes » (n° 19 de l’encyclique.)

II. La charité  comme tâche de l’Eglise.

20. L’amour du prochain enraciné dans l’amour de Dieu est avant tout une tâche pour chaque fidèle, mais aussi une tâche pour la communauté de l’Eglise , car en tant que communauté, l’Eglise doit pratiquer l’amour, et cela à tous les niveaux.  C’est pourquoi  l’amour a besoin d’une organisation pour un service communautaire ordonné. La conscience de cette tâche a eu un caractère constitutif depuis les origines de l’Eglise ; c’est-à-dire que l’Eglise a eu  conscience, dès le début  que cette charité faisait partie de sa mission et de son essence même  « Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun »(Ac2, 44-45).Ce besoin d’organisation  a orienté l’Eglise vers  le choix de sept hommes (Ac 6, 5-6), ce qui fut le commencement du ministère des diacres.  « Les Apôtres, auxquels étaient avant tout confiés la prière, le service de la Parole se sentirent pris de manière excessive par le service des tables, ils décident donc de se réserver le ministère principal et de créer pour l’autre tâche, tout aussi nécessaire dans l’Eglise, un groupe de sept personnes.. Le service social était tout à fait concret, (distribuer des vivres, secourir les pauvres) mais en même temps c’était  pour eux, ces premiers diacres, un véritable ministère spirituel. Ils reçurent l’imposition des mains des apôtres. Cela signifiait, par le fait même, qu’il réalisait une tâche essentielle de l’Eglise, celle de l’amour  bien ordonné au service du prochain. On voit donc que cette organisation était désormais instaurée dans la structure fondamentale de l’Eglise elle-même.(cf. n° 21 et n°22)

L’exercice de la charité s’est affirmé  donc comme l’un des secteurs essentiels de la vie de l’Eglise. Cela appartient à l’essence même de l’Eglise, disais-je, au même titre que le service des sacrements et l’annonce de l’Evangile. St. Justin, (martyr vers 155) décrit, dans la célébration de la messe, l’activité caritative des chrétiens. Et comment ? Les personnes aisées font des offrandes dans la mesure de leur possibilité (pas seulement de l’argent mais apportent des choses matérielles comme des vêtements, des tuniques, des choses nécessaires à la vie de tous les jours etc..) . L’évêque alors s’en sert pour soutenir les orphelins, les veuves et d’autres dans le besoin. Tertullien vers 220 raconte comment l’attention des chrétiens envers toutes les personnes dans le besoin suscitait l’émerveillement chez les païens. Ignace d’Antioche (117) qualifie l’Eglise de Rome comme « celle qui préside à la charité (agapè) ».

23. Vers le milieu du 4° siècle prend forme en Egypte ce qu’on appelle la « diaconie » c'est-à-dire une institution au service de la charité. Chaque monastère, chaque diocèse finit par avoir sa diaconie. Le Pape Grégoire le Grand (604) fait référence à la diaconie de Naples. En ce qui concerne Rome, les documents font allusion aux diaconies à partir du VII et VIII siècle. On connaît l’histoire de st. Laurent dont Saint Ambroise décrit le martyre. Les autorités civiles lui avaient donné un laps de temps pour rassembler les trésors de l’Eglise et pour le leur remettre. Laurent alors distribua l’argent disponible aux pauvres et présenta ces pauvres aux autorités comme le vrai trésor de l’Eglise.

Arrivés à ce point, nous recueillons deux éléments essentiels de nos réflexions :

a)     la nature profonde de l’Eglise s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu, célébration des Sacrements, service de la charité.

b)    L’Eglise est la famille de Dieu dans le monde. Cette charité s’exerce envers elle d’abord, comme disait st. Paul dans l’Epître aux Galates : « Travaillons au bien de tous, spécialement dans la famille des croyants ». Mais évidemment cette charité dépasse les frontières de la famille de l’Eglise : la parabole du bon samaritain nous donne de comprendre l’universalité de l’amour qui se tourne vers celui qui est dans le besoin, rencontré par hasard, quel qu’il soit.

III° Justice et charité

Depuis le 19° siècle, on a soulevé une objection contre l’activité de charité de l’Eglise, objection qui a été développée par la pensée marxiste. Les pauvres, dit-on, n’auraient pas besoin d’œuvres de charité, mais plutôt de justice. Les œuvres de charité, seraient en réalité, disent-ils, pour les riches une manière de se soustraire à l’instauration de la justice en privant les pauvres de leurs droits. Il vaudrait mieux créer un ordre juste, dans lequel tous recevraient leur part de bien du monde. Il y a du vrai. Mais pas totalement. Comprenons :

Avec l’arrivée de la société industrielle, il y a eu un changement radical dans la société : le rapport entre capital et travail est devenu une question importante qui était jusque là inconnue. Les structures de production et le capital devenaient désormais la nouvelle puissance, qui mise dans les mains d’un petit nombre, aboutissait pour les masses laborieuses à une privation de leurs droits. On n’a pas compris cela rapidement.. Et on a réagi avec lenteur pour comprendre que le problème de la juste structure de la société se posait de manière nouvelle. Les pionniers ne manquèrent pas : l’un d’en eux par ex. fut Mgr Keteler, évêque de Mayence (1877). En 1891 le Magistère de l’Eglise(Léon XIII) intervint par l’encyclique Rerum novarum. Il y eu ensuite en 1931, l’encyclique de Pie XI Quadragesimo anno. Puis le bienheureux Pape Jean XXIII avec Mater et Magistra ; puis le Pape Paul VI, Popoulorum progessio et Jean Paul II. Laborem exercens, sollicitudo rei socialis. etc. Autant de documents importants qui forment ce qu’on appelle « la doctrine sociale de l’Eglise ». Le marxisme avait présenté la révolution mondiale et sa préparation comme étant la panacée à la problématique sociale. Ce rêve s’est évanoui.

Pour définir correctement la relation entre l’engagement nécessaire pour la justice et le service de la charité, il faut prendre en compte deux situations de fait fondamentales :

a)     l’ordre juste de la société et de l’Etat est le devoir du politique.(n°28).La justice est le but et donc aussi la mesure intrinsèque de toute politique. L’Eglise ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’Etat. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. La société fondée sur la justice ne peut être l’œuvre de l’Eglise, mais elle doit être réalisée par le politique.

b)     Le devoir immédiat d’agir pour une société de justice est le propre des fidèles laïcs. En tant que citoyens de l’Etat, ils sont appelés à participer personnellement à la vie publique ;

c)     L’amour sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il y aura, dit Jésus, toujours des pauvres parmi vous. L’Eglise ne peut jamais se dispenser de l’exercice de la charité en tant qu’activité organisée des croyants et d’autre part, il n’y aura jamais une situation dans laquelle on n’aura pas besoin de la charité de chaque chrétien, car l’homme, au-delà de la justice, a et aura toujours besoin de l’amour.

(à suivre : dernière partie et conclusion.)

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Publié dans lemoule

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J
Journée record : 13/03/06 (180 pages vues) le dernier record était de 63 pages vues. Soient la moyenne de 120 visiteurs par semaine.<br /> Jean-Claude HALLEY<br />
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